En quelques jours, j'ai eu droit à Tout. Puis on m'a Tout repris.
C'est à cet instant que tout s'effondra à mes pieds. Mes convictions, mes centres d'intérêts, ce qui me constituaient et qui avait fait de moi, à force de patience ce que j'étais devenue, se volatilisa comme si ça n'avait jamais existé.
Je vacillai. Savais-je encore me tenir debout et marcher ? Ou me faudrait-il tout réapprendre ? Comme à un bébé ?
Le décor devint vertigineux en se mettant à tourner.
J'avais cru savoir quoi devenir. J'avais enfin eu l'impression de pouvoir énoncer des certitudes, au moins la mienne sinon la sienne. Je pensais avoir compris ma destinée, ce que j'étais, grâce à lui.
Mais à partir du moment où le centre de la Terre, le plus précieux à vos yeux disparaît, tout le reste en est chamboulé. Et la Terre se met à trembler... Ce n'est pas la Terre, juste mes mains...
Ainsi, il était devenu ma raison d'être et son départ avait renversé le monde sur lequel je pensais avoir trouvé ma place. Existait-il d'ailleurs, ce monde sur lequel j'avais cru évolué ?
A partir du moment où nos destinées étaient séparées, il manquerait toujours à la mienne un lambeau d'existence, probablement le plus vital, celui qu'il avait emporté avec lui, me privant ainsi à jamais de la mienne -ou peut être était-ce simplement celle que j'avais espéré...
Ainsi, les derniers mots que je l'entendis prononcé n'avaient plus aucun sens aujourd'hui, même si ils m'avaient réduit à néant. Ils faisaient désormais partis du charabia prononcé quotidiennement par les alentours. Ils ne signifiaient plus rien, ne signifieraient plus jamais rien et ne seraient même jamais plus prononcés par personne.

